Cottin et Desgouttes

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Cottin et Desgouttes

Il existe des acteurs importants dont la valeur mais également l’impact de leurs inventions sur l’histoire sont passés inaperçus ou dans l’indifférence générale du monde actuel. Contrairement à cet oubli et indifférence actuelle, ces Hommes et leurs inventions ont marqué leur époque, et ont même été un certain temps le centre d’attention de leur société.

Parmi ces gens, Pierre Desgouttes, qui fonda en 1904 « Desgouttes et Cie ».

Pierre Desgouttes, alors fraîchement démissionnaire de chez Berliet, décide de produire ses propres voitures. Cette décision du jeune, ambitieux et brillant ingénieur de trente ans découle de sa lassitude à concevoir des voitures et des châssis pour une autre personne. Sa carence en financement, malgré ses propres apports non négligeables, est compensée par l’ambition de Desgouttes.

C’est cette ambition qui permettra à la jeune et modeste entreprise d’accéder à sa première réussite. « Desgouttes et Cie » réussit à obtenir une place parmi les grandes marques et constructeurs pour le huitième salon de l’auto de Paris. La personnalité de Desgouttes et de celle de la voiture présentée, une 24/40 de quatre cylindre, comblent la petitesse du stand.

Les innovations techniques et la robustesse apparente que présente la voiture attirent un public curieux et prématurément acquit à la cause. En effet, pour l’époque, la voiture de « Desgouttes et Cie » présente des caractères presque inédits.

La quantité de commande est telle que Pierre Desgouttes s’associe avec un riche industriel dès le début de l’année 1906. « Desgouttes et Cie » devient alors « Cottin et Desgouttes ». Cyrille Cottin se charge de la direction commerciale de la société et Pierre Desgouttes de la direction technique. La société produit pour ses premiers pas trois modèles.

Le terrain de prédilection de la firme « Cottin et Desgouttes » est alors celui du luxe et du sport. Pour une bonne promotion de la marque, la firme prend part à plusieurs manifestations sportives, manifestations dont Cyrille Cottin affectionne particulièrement puisque étant lui-même un amoureux des compétitions mécaniques. Chaque participation de la marque « Cottin et Desgouttes » à ces compétitions se soldent, soit par des succès, soit, du moins, par une prestation plus que remarquable de la voiture et de son pilote.

Cette succession de lauriers propulse « Cottin et Desgouttes » au devant de la scène du monde de l’automobile de l’époque. Il va sans dire que ces succès agissent directement sur le carnet de commande de la firme et donc sur sa production. L’usine satisfait les commandes non sans s’essouffler.

C’est ainsi que, de 1906 à 1914, « Cottin et Desgouttes » produit majoritairement des quatre cylindres. En 1907, trois modèles font leurs apparitions dans la palette des voitures de la firme. Une 30 CV motorisée par une machine de 9500 cm3 et la 12 CV de 2500 cm3. Cette dernière est particulièrement appréciée par le public. La 12 CV restera pendant près de quatre années le fleuron de la firme « Cottin et Desgouttes ».

La mise en avant de l’aspect de la technologie au service de la sécurité est le principal argument de la firme. Aucune modification majeure ne sera appliquée sur ce modèle durant ces quatre années de gloire. La firme poursuit son rythme de production élevé et soutenu grâce aux commandes croissantes.

Les résultats exceptionnels des voitures de la firme sur les différentes courses confirment la fiabilité et la solidité des engins. La croissance de l’usine de « Cottin et Desgouttes » est telle que la firme ajoute dans la file de sa production des camions et des bus.

En 1909, « Cottin et Desgouttes » dévoile la deuxième six cylindres de la firme, une 20 CV, et une 10 CV à cardan. Toujours dans cette rubrique, la marque présente des innovations et des inventions marquantes. En 1909, « Cottin et Desgouttes » applique le système de transmission à cardan sur ses modèles 12/24 et 24/40. Et c’est encore cette même année que « Cottin et Desgouttes » adopte l’application du système de carter étanche sur les châssis à chaînes. Cette enveloppe protège la chaîne, mais joue également un autre rôle. Le carter étanche diminue considérablement le bruit de la chaîne.

Par ailleurs, le véhicule devient beaucoup plus propre, le terme pollution n’ayant pas encore sa place à cette époque. En 1910, « Cottin et Desgouttes » présente le moteur monobloc sur les 12 CV et 15 CV, puis en 1911 sur la nouvelle 16 CV de 3300 cm3. Toutes ces innovations et succès sportifs sont suivis par le public pendant ces années à la manière d’un roman d’aventure. La demande s’ajuste en conséquence.

En 1913, « Cottin et Desgouttes » produit 450 véhicules pour seulement 300 ouvriers, dépassant largement la moyenne de l’époque d’une voiture par ouvrier et par an. Cette capacité de production ne va pas sans une qualité rarissime et remplie d’innovations technologiques. « Cottin et Desgouttes » est alors bien installé dans le secteur des véhicules de luxes et sportives.

« Cottin et Desgouttes » et la guerre.

L’arrivée de la guerre apporte d’autres perspectives à la firme. La première guerre mondiale a permit à la marque de livrer une série de véhicules utilitaires rapides et résistants à l’état major français, les Torpédos de 36 CV. Utilisés dans un environnement et un rythme extrême, le véhicule satisfait largement l’armée. Cette réputation de « Cottin et Desgouttes » emmena l’armée à commander des moteurs d’avions mais l’arrivée de l’armistice scelle ce projet aéronautique.

Toutefois, la fin de la guerre et des divers contrats qu’elle a pu procurer à la firme n’a pas perturbé la reprise des activités de « Cottin et Desgouttes ». Au contraire, la production de véhicule de tourisme de luxe et de camionnette fut facilitée par la sécurité financière que la firme a pu acquérir durant la guerre. « Cottin et Desgouttes » a parfaitement négocié le passage délicat de la firme à travers l’époque de la guerre.

En effet, non seulement elle a su dégager des avantages financiers, mais elle a également su dégager une plus-value technique. Le résultat des travaux et recherches de Pierre Desgouttes porte ses fruits. Ses études concernent la production d’une voiture en prévision de la fin de la guerre. Ainsi, en 1919, « Cottin et Desgouttes » réussit à présenter la nouvelle 18 CV de 4000 cm3 à la foire de Lyon.

Cette automobile possède des atouts technologiques convaincants pour l’époque. Un moteur en monobloc, le carter d’huile étanche et silencieux, mais également un embrayage d’une résistance sans pareil donnent à la voiture un caractère de routière prononcé. Mais compte tenu du fait que le pays émerge d’une période difficile, seul le prix trop élevé du modèle fait de l’ombre à ses atouts mécaniques.

Le commencement de la fin de « Cottin et Desgouttes »

C’est sous la pression du conseil d’administration de la firme que Pierre Desgouttes construit une voiture qui, jusque là, n’aurait jamais vu le jour au sein de l’usine de « Cottin et Desgouttes » ; un modèle plus économique, moins puissante et d’un prix de vente accessible à un plus grand nombre de client. C’est ainsi qu’en 1922 naquit le modèle connu sous le nom de type M Endurante. Ce modèle n’en fût pas moins négligé puisqu’il présente des caractères plus qu’intéressantes.

Le type M Endurante de « Cottin et Desgouttes » est facile d’entretien, économique et plus robuste que son coût de production ne laisse croire. Plus encore, elle offre une avancée technologique inédite en France, le modèle M de « Cottin et Desgouttes » freine sur les quatre roues. Ce système de freinage est alors une première puisqu’à cette époque les voitures ne pouvaient se targuer d’être des as du freinage.

Encore une fois, le succès est au rendez-vous, les arguments du type M Endurante étant plus que convaincants compte tenu du contexte historique de l’époque.

C’est également sur cette création que Pierre Desgouttes démissionne de « Cottin et Desgouttes ». Cyrille Cottin choisit Paul Joseph pour prendre sa place et lui confie la mission de réaliser un véhicule basée sur l’Endurante mais beaucoup plus sportive et plus puissante pour un usage compétitif. Le modèle portera alors le nom de Grand Prix, en référence au grand prix du Tourisme de l’automobile club de France où elle a remporté la victoire. Les 3000 cm3 de la Grand Prix l’emmène à 150 km/h.

Rassuré et motivé par les succès sportifs de la voiture, Cyrille Cottin décide d’en faire produire une version route de la Grand Prix. Malheureusement, encore une fois, le prix exorbitant de la voiture freine les ventes car même les clients fortunés ont du mal à s’offrir la voiture. Cet échec n’entame en rien l’enthousiasme de Cyrille Cottin et c’est avec une grande assurance que « Cottin et Desgouttes » présente en 1925 la Sans Secousse. C’est un modèle qui est, encore une fois, à la pointe de la technologie de l’époque. La voiture dispose de suspensions indépendantes sur chaque roue. Il s’agit d’un système ingénieux mis au pont par Sizaire qui consiste à supprimer l’essieu avant à le remplacer par un ressort à lame transversal. Deux ressorts à lames transversaux superposées sont fixés au pont pour assurer la partie arrière de la suspension.

En ce qui concerne la Sans Secousse, une anecdote peut également être portée au crédit de la publicité de la marque. Durant le salon de Paris, Cyrille Cottin est félicité par le président français de l’époque. La Sans Secousse devient très rapidement le cheval de bataille de la marque « Cottin et Desgouttes ». La réputation du confort que la voiture procure est appuyée par l’application des nouvelles technologies habituelles de la marque.

Cependant, « Cottin et Desgouttes » commence à perdre de la vitesse. En 1929, la marque est elle aussi victime de la fameuse crise. La personnalité de Cyrille Cottin n’arrange pas les choses. En incorrigible optimiste, il s’entête à produire plus de châssis que la marque ne peut en vendre. La production était telle que l’usine s’est retrouvée avec une quantité impressionnante de châssis. Et malgré la quantité phénoménale du stock, l’homme d’affaire persiste à croire à la diversification des produits et continue à produire les camions et les bus. Le constat est évident ; la demande n’existe presque plus.

Néanmoins, en 1930, un arc en ciel égaie le ciel sombre de « Cottin et Desgouttes » pour un instant. Une Sans Secousse dépouillée de ses ailes et autres parties pouvant influencer le gain de poids de la voiture, et donc d’obtenir un meilleur rapport entre le poids et la puissance, fait parler d’elle. La voiture, pilotée par des amateurs et sans aucune assistance digne de ce nom, contrairement aux concurrents, remporte le rallye Saharien.

Cependant, cette victoire n’a pas eu l’effet escompté. La crise annule toute demande. Néanmoins, encore une fois, Cyrille Cottin s’entête et présente la Type VB la même année. Fidèle à ses habitudes, « Cottin et Desgouttes » offre une nouveauté technologique : le système de freinage hydraulique à Lockheed. Fidèle à ses mauvaises habitudes, « Cottin et Desgouttes » affiche encore une fois un prix trop élevé, tout en prenant compte de la crise que traverse la planète entière.

A présent, c’est la firme qui se trouve dans une situation alarmante, et Cyrille Cottin s’en rend compte. Il cherche de l’aide en essayant de s’associer avec Schneider ou Citroën et enfin Delahaye. Aucune de ces tentatives n’aboutissent sur un résultat probant.

Les chaînes de productions s’arrêtent définitivement en 1931. Il y a bien eu la création de la « Société Nouvelle des Automobiles Cottin et Desgouttes » en 1932, mais ce ne fut qu’une mise en scène, masquant un énorme déstockage des châssis et autres surplus de production de Cottin.

La vente de l’usine en 1935 met un point final à l’aventure de « Cottin et Desgouttes ». Toutefois, on ne peut s’empêcher d’imaginer ce que serait devenue la marque s’il n’y avait pas eu la crise de 1929. Il est fort probable que ses modèles auraient sillonné nos routes, arborant ses nouvelles technologies.