


Le précurseur de la marque Alpine-Renault, installé dans la région parisienne, à Dieppe, est le plus jeune concessionnaire de Renault de l’époque. Féru de compétition automobile, Jean Rédélé est le père de l’Alpine. Jean Rédélé a commencé la compétition automobile avec le modèle 1062 de la 4 CV de Renault en 1950 en prenant le départ du rallye de Dieppe-Rouen. Cette première participation s’est soldée par une victoire face à une rivale courant sous la marque d’une lionne. Son choix pour la 4 CV de Renault, surnommée affectueusement « la puce », se fonde déjà à l’époque sur la confiance que porte le pilote sur le potentiel d’évolution de la voiture de Renault.
On ne parlait pas encore de l’Alpine à ce moment de l’histoire. Jean Rédélé, porté à la fois par sa passion pour la compétition et par les espoirs qu’il fonde sur les capacités des voitures de Renault, conçoit et réalise des développements visant à exploiter au maximum les capacités de la 4 CV 1062 de Renault. C’est ainsi que Jean Rédélé greffe une boite de vitesse à cinq rapports de son invention, ainsi qu’une carrosserie en aluminium, sur le modèle 1063 de la 4 CV de Renault.
En 1953, cette voiture remporte trois victoires en rallye dont celui de la coupe des Alpes. C’est dans le parcours des Alpes, que le pilote apprécie particulièrement, que celui-ci décide de nommer la voiture : Alpine. L’histoire de l’Alpine commence donc en 1955 à Paris. Cette année a vu la création juridique de la marque sous la forme d’une Société à responsabilité limitée. La première voiture Alpine est la A106.
Construite sur la base d’une 4 CV, la A106 possède une puissance de 45 CV, alimentés par un carburateur de marque Weber. La voiture de 845 cm3 est alors propulsée à une vitesse de 135 km/h à l’aide de sa boite de vitesse à quatre rapports. C’est au mois de septembre de cette même année 1955 que Jean Rédélé présente l’Alpine au public ainsi qu’aux journalistes au cours du salon de Paris.
En 1960, Alpine sort le modèle A108. C’est en se basant sur ce modèle que la marque Alpine va bâtir sa légende. C’est ainsi qu’en 1961, Alpine présente l’A110. La « berlinette » reçoit le moteur cinq paliers de la R8. La petite bombe de 1600cm3 fait alors montre d’une efficacité redoutable. Le moteur de quatre cylindres en ligne est alimenté par un système d’injection électronique et procure à la voiture une puissance de 130 CV et une vitesse de pointe de 215 km/h.
La A110 enchaîne les victoires et participe à un grand nombre de compétition.
Ces succès de Alpine conduisent la marque à ouvrir, en 1970, une plus grande usine dans la zone industrielle de Dieppe. Cette usine permettra à Alpine, sur le plan matériel, de pouvoir se tourner vers de plus grands objectifs : le championnat du monde des Rallyes. Dès cette année, Alpine se distingue et se présente en temps que grand favoris puisque la A110 ne rate le championnat que de quatre points.
L’année 1971 vit la consécration de l’Alpine. L’Alpine A110 devient championne du monde des constructeurs, et, parallèlement, Alpine lance l’A310. Sur le plan sportif, le modèle A310 s’avère être un échec cuisant puisque ce modèle de la marque Alpine est moins compétitif que la concurrence et que l’A110.
En 1973, Alpine confirme sa domination au niveau mondial puisqu’elle s’empare à nouveau du titre de champion du monde des constructeurs grâce à l’A110. L’année 1973 est également un tournant dans l’histoire de la marque. Cette année, Renault s’empare de la majorité des actions d’Alpine. Alpine devient ainsi une filiale de Renault.
Certains murmurent que cette année est celle du début de la fin de la marque Alpine. Les limitations de vitesses apparaissent cette année, ce qui pénalise durement les voitures sportives au niveau commercial. La progression constante et spectaculaire de l’évolution de la courbe des ventes de la marque depuis 1960 connaît alors une chute vertigineuse en 1973.
Un nouveau profil de la marque Alpine prend alors forme petit à petit. Alpine et Renault deviennent une marque confuse aux yeux des consommateurs, au détriment de la première. La sortie d’une Renault 5 Alpine en 1975 confirme cette hypothèse puisque Renault présente au public une Renault 5 GT Turbo quelques temps après. Quelques rares éclats rappellent la combativité et la supériorité d’Alpine avec, par exemple, la victoire de l’A442B de la marque Alpine-Renault aux 24 heures du Mans en 1978.
Mais la politique commerciale de Renault noie et délaisse la marque Alpine petit à petit alors que la concurrence se trouve de plus en plus puissante et bien établie. Parmi cette concurrence se trouve la marque allemande Porsche que Renault Alpine tente d’évincer tant bien que mal. Ainsi, en 1984, Renault Alpine présente l’Alpine GTA à moteur V6. Celle-ci n’a jamais réussi à inquiéter Porsche à cause du manque de puissance de son moteur et de la qualité négligée de sa finition.
Ce n’est qu’en 1991 avec l’A610 que Renault Alpine se surclasse face à sa rivale. La voiture offre une meilleure finition, un moteur plus puissant et une tenue de route plus précise. Concrètement, l’A610 est une flèche. Un gros moteur V6 alimenté par un système de gestion Bendix et suralimenté par un Turbo de Garrett, puis un intercooler. Toujours à propulsion, les 250 CV de l’A610 emmènent les 3000 cm3 à plus de 270 km/h. Tout ou presque semble alors laisser croire à la domination de l’A610 face à l’allemande. Mais encore une fois, le manque d’image fût la cause de la discrétion de cette victoire et de ce modèle. Conscient du risque de cette attitude, les dirigeants de Renault tentent de renverser la tendance en ôtant de la voiture toute mention de la marque au losange. Mais cela, bien plus tard, en 1990. Le mal est fait.
Plus aucune voiture n’est produite sous la marque et Alpine disparaît en 1995. Ce rattrapage de Renault concernant le cas Alpine se poursuit encore de nos jours. L’usine de Dieppe a réorienté ses activités. On y assemble toute la gamme sportive de Renault Sport, excepté la branche Formule 1.
Quoi qu’il en soit, Alpine a marqué l’histoire et les Hommes. Une disparition totale et définitive de la marque semble être une utopie. Un projet, mené par Carlos Ghosn, président directeur général de Renault, veut ressusciter Alpine pour que cette dernière porte le fanion des véhicules hauts de gamme de Renault. Quant à la voiture, elle serait réalisé avec le partenariat de Porsche pour le support technique et en se basant sur la plate-forme de la 350Z de Nissan. Il faudra être patient puisqu’il faudra attendre 2010 pour pouvoir apercevoir une nouvelle fois une Alpine, et ce sera du côté Anglais.